Province de Paris des frères Carmes Déchaux

Semaine 3 : Accueillir la Joie de Dieu

« Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. »

Le 3ᵉ dimanche de l’Avent est appelé dimanche de Gaudete. Ce mot latin signifie : « Soyez dans la joie ! » La joie dont parle le prophète est une joie qui a traversé l’épreuve, la souffrance et même la mort, comme celle du peuple hébreu au désert après sa sortie d’Égypte. C’est une joie pascale.

Toute la vie de sœur Marie de Jésus Crucifié est communion au mystère pascal de Jésus. Elle a dit : « Je m’unis à Jésus quand il portait sa croix dans les rues de Jérusalem. Soyez béni, mon Dieu. »

Nous découvrirons cette semaine que la croix n’est pas d’abord la souffrance, comme nous avons trop souvent tendance à l’identifier, mais la communion à l’amour sauveur de Jésus pour le salut du monde. Cet amour conduit à vivre les souffrances, contrariétés et difficultés en union avec lui.

Vous pouvez télécharger les méditations en format PDF, smartphone et fichier Word.  Nous proposons aussi le format audio pour suivre les podcasts.

Semaine 3 : Accueillir la Joie de Dieu

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 2-11)

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean :
« Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ?
un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois.
Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »

La joie prophétique : un regard qui dépasse l’épreuve

Le troisième dimanche de l’Avent est appelé « dimanche de Gaudete ». Ce mot latin qui signifie : « Soyez dans la joie ! », est le premier mot de l’antienne d’ouverture de la messe de ce dimanche :

« Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis soyez dans la joie, le Seigneur est proche. »

« Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. » (Is 35, 1-2)

 

La parole du prophète Isaïe est une véritable hymne à la joie, une joie en espérance au cœur d’une situation éprouvante puisqu’Israël connaît l’exil et l’oppression étrangère. Le regard du prophète va beaucoup plus loin que l’immédiat. Il voit la réalisation des prophéties d’Osée dans lesquelles Dieu intente un procès à son épouse infidèle : « je la rends pareille au désert, je la réduis en terre aride et je la fais mourir de soif… » (Os 2, 5) puis annonce qu’il lui fera miséricorde. Le désert prend alors une toute autre signification, «  C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. » (Os 2, 16) Au cœur de cette situation d’impuissance, le prophète invite à la joie et à s’y préparer dès maintenant. Mais de quelle joie s’agit-il ? Est-ce la fin de l’exil, de l’oppression étrangère ? Or les exilés connaîtront, à leur retour d’exil, une certaine déception par rapport à ce qu’ils avaient imaginé. Le regard du prophète est beaucoup plus profond. Il va beaucoup plus loin que les problèmes actuels. Il invite à un nouveau regard : Dieu lui-même vient nous sauver. « Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. »

Quelle est cette vengeance, cette revanche de Dieu ? Elle n’a rien à voir avec nos vengeances humaines. La vengeance de Dieu c’est la révélation de son amour qui le conduira à se faire l’un de nous et à donner sa vie pour nous sauver, nous délivrer du péché, nous arracher à la mort, nous communiquer sa vie.

C’est pourquoi le prophète invite à faire attention aux plus faibles afin de soutenir leur espérance : « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : Soyez forts, ne craignez pas. » (Is. 35, 3-4a). C’est un premier pas… Une sortie de soi…

« Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie » (Is 35, 5-6).

La joie dont parle le prophète, c’est une joie qui a traversé l’épreuve, la souffrance, la mort comme le peuple hébreu au désert après sa sortie d’Egypte. C’est une joie pascale. Nos frères d’Orient parlent de la « douloureuse joie » parce qu’elle comporte deux faces : une face de mort et une face de résurrection. Cela suppose un regard profond qui voit déjà dans le présent marqué par la souffrance, l’œuvre de vie de Dieu.

L’évangile nous présente Jean-Baptiste, alors en prison, dérouté par le comportement de Jésus qui ne correspond pas à ce qu’il avait imaginé du Messie. Se serait-il trompé ? Aussi il envoie des disciples auprès de Jésus lui demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus répond en évoquant des prophéties d’Isaïe qui trouvent en lui leur réalisation. « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » (Mt. 11, 4-6) (Cf. Is. 26, 11 ; 29, 18-19 ; 35, 5-6 ; 42, 7. 18 ; 61, 1).

Ce regard profond est un regard de foi qui dépasse les apparences. Ce regard est important pour nous aujourd’hui qui risquons de nous laisser décourager par tous les problèmes qui touchent nos sociétés tant au niveau politique, économique, social, écologique sans compter la crise de sens que nos sociétés traversent.

Notre ancien Père Général le Père Saverio Cannistrà, actuellement archevêque de Pise, nous adressait un message, il y a quelques années, dans lequel il nous invitait à avoir des yeux de Pâques. En voici un extrait :

« Je me souviens d’un poème que l’évêque et théologien allemand Klaus Hemmerle écrit peu avant sa mort : Je vous souhaite à tous des yeux de Pâques, qui soient capables de voir, allant jusqu’en la profondeur, dans la mort la vie, dans la culpabilité le pardon, dans la division l’unité, dans les blessures la gloire, dans l’homme Dieu, en Dieu l’homme, dans le « je » le « tu ».

Je voudrais ajouter un souhait à cette énumération : je vous souhaite des yeux de Pâques qui soient en mesure de voir dans le présent, l’avenir. Dans le présent, il y a la mort, il y a la culpabilité, il y a de la division, il y a des blessures, il y a l’homme sans Dieu, il y a un Dieu lointain et abstrait, il y a un « je » solitaire privé du « tu ». Tout ceci nous le voyons avec nos yeux de chair, avec nos yeux du monde et de sa sagesse. Les yeux de Pâques, ceux qui ont vécu la rencontre avec le crucifié ressuscité, voient tout cela, mais ils voient encore plus loin, leur regard est plus pénétrant. Les yeux de Pâques, comme les yeux du véritable artiste, ne sont pas des yeux de rêveur, mais des yeux qui sont plus perçants, qui voient le nouveau et la beauté qui sont à l’intérieur sous une enveloppe usée et déformée, ils voient l’amour sous le voile de l’indifférence…. En bref, nous ne voyons l’avenir que si nous reconnaissons le Ressuscité dans notre présent. »

La joie crucifiée : le témoignage de sainte Marie de Jésus crucifié

C’est ce regard qui habitait Mariam. La joie chez sainte Marie de Jésus crucifié jaillit du mystère de la croix. Toute la vie de Mariam est sous le signe de la croix de sa naissance reçue comme un don en réponse au pèlerinage de ses parents à Bethléem jusqu’à sa mort au carmel de Bethléem. La croix ce n’est pas la souffrance comme trop souvent nous avons tendance à l’identifier. La croix, c’est la communion à l’amour sauveur de Jésus pour le salut du monde qui conduit à vivre les souffrances, contrariétés, difficultés en union avec lui. À la veille de sa passion, Jésus dit à ses disciples : « amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. » (Jean 16, 20-22). C’est cette « douloureuse joie » d’accouchement qui a traversé la vie de Marie de Jésus Crucifié.

Dès sa petite enfance Mariam dit oui à l’alliance d’amour que lui propose le Seigneur : « Si tu veux me donner ton cœur, je te resterai toujours. » C’est le choix de cet amour à 13 ans qui la conduit à refuser le mariage préparé par son oncle avec toutes ses conséquences. Puis, au cours des années durant lesquelles elle est servante, elle apprend à s’abandonner totalement au Seigneur. Des fausses accusations la conduisent en prison. Elle découvre la joie de participer aux humiliations de Jésus. Chez les sœurs de saint Joseph de l’apparition, le 2 mai 1867, des stigmates commencent à apparaître sans que Mariam en ait vraiment conscience. Ce qui conduit les sœurs à ne pas l’accepter, estimant que sa place est dans une communauté cloîtrée. Au carmel de Pau où elle est entrée le 15 juin 1867, elle vit l’expérience mystique de la transverbération du cœur le 24 mai 1868, expérience mystique que Thérèse d’Avila a connue. Apercevant en vision sainte Thérèse, elle lui dit : « Mère Thérèse, Jésus m’a percé le cœur ! » … Quelques mois après, sœur Marie de Jésus crucifié vit une expérience de possession diabolique de 40 jours du 26 juillet au 4 septembre qu’elle avait elle-même annoncé : « Jésus va donner à Satan le pouvoir de me tourmenter pendant 40 jours ; je souffrirai beaucoup. Le démon n’aura de puissance que sur mon corps ; mon âme sera cachée. Jésus m’a promis de l’enfermer dans une boîte, où Satan  ne saurait l’atteindre. » (Mariam la petite Arabe, Amédée Brunot – Editions Salvator 2025 p. 75) Le démon essaie de lui faire dire qu’elle souffre. À chaque moment de relâche elle en profite pour dire : « Souffrir jusqu’à la fin du monde, ô mon Dieu si c’est votre volonté ! Je ne désire que vous plaire ! Jésus, faites-moi accomplir votre volonté ! », « Toujours plus souffrir pour vous, Jésus ! ». À chacun des assauts, Mariam répond par une prière qui l’unit à une des phases de la passion :

« Je m’unis à Jésus quand il portait sa croix dans les rues de Jérusalem. Soyez béni, mon Dieu. »
« J’unis ma voix à celle de Jésus au jardin des oliviers. Soyez béni, mon Dieu. »
« J’unis mes souffrances à celles de Jésus trahi par Judas. Soyez béni, mon Dieu. »
« Je m’unis à Jésus tombant sous le poids de la croix. Soyez béni, mon Dieu. »
(Mariam la petite Arabe, Amédée Brunot – Editions Salvator 2025 p. 77-78)

Monseigneur Lacroix, évêque de Bayonne, lui écrira une lettre le 16 août 1868, pour la soutenir dans son épreuve. « Ma fille, Vous avez nom Marie de Jésus crucifié, et ce nom est une très grande grâce et une très grande faveur ; c’est la très Sainte Vierge qui a voulu que vous portiez son nom, et c’est Jésus crucifié qui a daigné vous donner le sien et vous associer à ses souffrances. Quelle attention, quel amour à votre égard ! Mais Marie, la mère de Jésus, a été la mère des douleurs. Elle a partagé toutes celles de sa vie, toutes celles de sa Passion et de sa mort. Elle a assisté à tout, elle a tout ressenti, tout éprouvé, tout souffert pour Jésus, parce qu’elle lui était intimement et parfaitement unie, voulant être comme lui et tout identifiée avec lui. Marie veut aussi vous avoir avec elle auprès de son divin Fils et vous donner part à son calice, vous rendre conforme à lui, car cette conformité est le signe des élus et de la prédestination. Jésus, qui vous a faite pour lui seul, veut aussi vous faire vivre de sa vie de peines, de tentations, de luttes et de combats contre le démon et le péché, mais il veut aussi vous faire vaincre par sa force divine, comme il a vaincu lui-même. Après avoir permis les tentations du démon contre lui, il les a permises de même contre vous, mais il les vaincra en vous comme il les a vaincues en lui. Il les chassera, ces démons, comme il les chassait dans le cours de ses tournées évangéliques, partout où ils se produisaient. Il les terrassera, il les réduira à l’impuissance, après les avoir humiliés et confondus. C’est par la croix que Jésus a vaincu l’enfer ; et les clous, qui l’ont attaché à cette croix, ont enchaîné les démons, et sa couronne d’épines est devenue une couronne de gloire. Oh ! Ma fille, soyez donc toujours Marie de Jésus crucifié, … » (Mariam, sainte palestinienne – Père Estrate – Editions Téqui p. 101-102)

Dans une lettre de 1869 à l’abbé Saint-Guily, sœur Mariam de Jésus crucifié écrit :

« Je me demandais comment faire pour avoir l’amour de Dieu parfait. … Comment faire pour acquérir, mon Dieu, votre amour véritable ? Alors ce Dieu Tout Puissant s’est abaissé vers moi qui ne suis qu’une petite poussière. Voici comment il m’a fait comprendre : une âme qui veut avoir le véritable amour de Dieu désire que le bon Dieu soit aimé de tous. Elle voudrait pour elle toutes les croix, les souffrances, les épreuves ; elle accepte tout par amour pour Dieu. Elle jouit du bonheur des autres. Elle voudrait être coupée par morceaux pour faire aller les âmes à Dieu, elle se réjouit du bien que reçoivent les âmes, elle se réjouit qu’elles aiment le bon Dieu plus qu’elle et qu’elles soient aimées du bon Dieu plus qu’elle-même. Ensuite, si elles ont quelque chose de bon en elles, ces âmes voudraient tout donner aux autres, elles s’oublient elles-mêmes, et ne pensent plus ni à ciel ni à l’enfer, rien que les âmes aiment Dieu plus qu’elles. Alors j’ai entendu une voix me dire : ‘ quand une âme est dans ces dispositions, Dieu est obligé par son amour et sa miséricorde de la sauver et de lui pardonner tous ses crimes, fussent-ils plus grands que la mer.’ » (Lettres de la Bienheureuse Marie de Jésus Crucifié, Carmel du Saint Enfant Jésus – Bethléem – Editions du Carmel p. 75)

En 1870 sœur Mariam de Jésus crucifié participe à la fondation du carmel de Mangalore en Inde. Cette fondation sera placée sous le signe de la croix. Trois sœurs décèdent pendant le trajet dont la Mère Elie qui l’avait reçue au carmel de Pau et qui était un véritable soutien. Elle vivra une épreuve semblable à celle qu’elle a vécue au carmel de Pau en 1868 avec la tentation de quitter le monastère. Les incompréhensions, liées aux manifestations surnaturelles, conduisent à mettre en doute l’authenticité de ce qu’elle vit, et provoquent son renvoi au Carmel de Pau en 1872.

Sœur Marie de Jésus crucifié a connu la tentation contre l’espérance… « Je souffre, je ne sais pas si je serai sauvée. Mais pourtant, j’ai au fond du cœur quelque chose qui me dit : Oui, je verrai mon Dieu, j’aurai une place dans son beau ciel, je jouirai de lui… » (Mariam de Bethléem Tout pour l’Amour – Editions du Carmel p. 36)

« Mon Dieu, personne [n’a] péché comme moi. Aussi je jouis et j’espère beaucoup, parce que je ferai éclater votre grande miséricorde. Je ne sens presque jamais la confiance ; je n’ai aucun sentiment d’espérance ; mais j’espère contre toute espérance… Je sens que je ne suis pas morte à moi-même. Aussi je ne crains que moi-même ; je [n’ai] pas peur du démon ; il ne peut rien, si on ne l’aide. Cependant, malgré ma malice et mes péchés, j’espère en Dieu. Les grâces qu’il me fait tous les jours ne me consolent pas. Mais je m’appuie sur la foi en Dieu et j’espère contre l’espérance. …» (Denis Buzy, Pensées, Ed. du Serviteur 1993 p. 50. 52)

Cette certitude de la miséricorde est chez elle si grande que la faute même, s’il lui arrive de trébucher, est l’occasion de rebondir dans la joie par l’expérience du pardon.

« Ne nous traitez pas selon votre justice, mais selon votre miséricorde, car vous êtes le seul saint, le seul juste. Je préfère pour moi et mes frères paraître devant votre miséricorde et non devant votre justice. Traitez-nous, Seigneur, selon votre miséricorde ; nos injustices ne peuvent pas paraître devant votre justice. Si vous me jugez suivant votre justice, que l’enfer est profond pour moi et pour mes frères ! Parce que vous êtes juste, ô mon Dieu, traitez-nous par votre miséricorde. Ayez pitié des cris de mes frères ! Seigneur je vous remercie de vouloir être mon juge… Si moi, j’étais mon juge, je me condamnerais à l’enfer. Mais vous, Seigneur, vous me ferez miséricorde. Mon Dieu, soyez notre juge non pas comme l’homme, mais comme Dieu, comme Père et comme Créateur. Seigneur, je suis noire, plus noire que le charbon, mais votre miséricorde, qui est plus grande que la mer, me lavera. »

Ainsi, pour les pécheurs que nous sommes, une des sources paradoxales de la joie est la miséricorde inépuisable du Seigneur qui pardonne. On comprend dès lors qu’elle invite ses sœurs à se débarrasser de toute inquiétude et de toute tristesse, en abandonnant au feu de l’amour même de Dieu tous les remords et tous les reproches qui menacent le cœur dont le moi se juge de façon trop humaine.

« Ayez grand soin de garder la tranquillité du cœur, parce que Satan pêche dans l’eau trouble. C’est mon désir que vous gardiez la paix intérieure, faites aucun cas des craintes, des scrupules, faites ce que vous pouvez, humiliez-vous de ce que vous ne faites pas et venez consumer toutes les vaines craintes que j’appelle des folies, dans le feu de mon amour. » Et elle indique de qui elle tient ce message qu’elle affirme avec tant de certitude : « De la part de l’Enfant de Bethléem. » (Mariam de Bethléem Tout pour l’Amour – Editions du Carmel p. 37-38)

Le 29 décembre 1873, en extase près de la crèche, elle dit aux sœurs : « N’ayez pas peur de Dieu. Ne craignez pas. Recourez à Dieu seul, restez en lui, confiez-vous en lui, ne craignez pas, sa miséricorde est immense. Les hommes ont peur de Jésus. La peur de sa justice « bouche » sa miséricorde. Ils le regardent comme un bourreau et pourtant ses yeux sont tout paternels. Il est fou de l’bomme. Il aime les petits, les faibles ». (Vie merveilleuse de la sœur Marie de Jésus Crucifié tome II p. 110)

Le lundi de Pentecôte, 2 juin 1873, sœur Marie de Jésus crucifié fait d’elle-même un acte d’offrande inconditionnel à Dieu. Elle fait cette offrande après la sainte communion à l’ermitage de Notre Dame du Mont Carmel, au cours de la prière du rosaire.

« Ce matin, après la sainte communion, j’ai renouvelé ma profession entre les mains de Jésus ; j’avais mes mains jointes dans celles de Marie ; Marie avait les siennes dans celles de Jésus et les mains de Jésus étaient dans celles du Père éternel. J’ai remis ma volonté à Dieu en présence de la sainte Trinité, devant les anges, devant les saints et devant toutes les créatures. J’ai dit à Jésus : Seigneur, vous me l’avez donnée et je vous la rends, je vous donne ma volonté irrévocablement. Ecrivez-le dans votre cœur, dans le livre de vie, et que cela n’en soit jamais effacé. Ne me rendez jamais ma volonté, elle n’est plus à moi, si vous voyez que j’ai le malheur de vouloir la reprendre, ôtez-moi la vie à l’instant même. Je veux votre volonté à travers tout, à travers la souffrance, les épreuves, les persécutions, les tribulations de toute espèce ; je m’offre à aller en enfer avec votre volonté. Je m’offre à passer par tout ce que j’ai souffert à Mangalore, si c’est par votre volonté, je proteste que je ne veux rien que votre volonté, à la vie, à la mort et toute l’éternité. » (Mariam, sainte palestinienne – Père Estrate – Editions Téqui p. 263)

Le vendredi 20 août 1875, sœur Marie de Jésus Crucifié quitte Pau avec un groupe de carmélites pour fonder le carmel de Bethléem. La semaine sainte 1876 marque un tournant et un sommet dans la vie spirituelle de sœur Marie de Jésus Crucifié. Après des détachements douloureux et des épreuves, elle pose un acte d’abandon à la volonté de Dieu et reçoit la grâce du mariage spirituel, durant l’octave de Pâques, le mercredi 16 avril 1876.

Dès la fin de l’année 1877, elle a la révélation en extase de la mort prochaine du pape Pie IX. « Son amour de l’Église et spécialement pour le Saint-Père est comme inscrit dans son être, puisqu’elle naît l’année où Pie IX est élu et meurt la même année que lui. (1878) Depuis son enfance il y a un grand lien entre eux qui s’exprimera essentiellement par la prière mais aussi par la coïncidence des mêmes moments d’épreuves profondes. » (Anne-Françoise de la Présentation o.c.d., « Le prophétisme de Mariam pour aujourd’hui », p. 61.)

Toute la vie de sœur Marie de Jésus crucifié est communion au mystère pascal de Jésus. C’est là qu’elle y a puisé la joie ; une joie qui demeure et que nul ne peut ravir.

 

Frère Didier Maury,  ocd (couvent d’Avon)

Les dernières publications :