Province de Paris des frères Carmes Déchaux

Semaine 4 : Avec Marie et Joseph… S’abandonner à la volonté de Dieu

« Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils »

Le nom de Jésus est chargé de signification : « le Seigneur qui sauve ». Il sera celui qui libérera son peuple de ses péchés. Si Jésus entre ainsi dans la mission qui est celle du Messie dans l’histoire du peuple de Dieu, c’est par l’intermédiaire de Joseph, qui l’adopte légalement comme fils. Joseph était un homme juste. Juste, au sens biblique, signifie totalement « ajusté » au vouloir de Dieu.

Nous découvrirons cette semaine la confiance de Sainte Mariam de Jésus Crucifié envers Joseph et Marie. Mariam sait que sa prière à la Vierge n’est jamais vaine et que l’amour maternel de Marie ne saurait lui manquer : « Elle est ma mère ! » disait-elle.

En cette dernière semaine de l’Avent, accueillons Marie et Joseph dans nos vies pour accueillir l’Enfant.

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Semaine 4 : Avec Marie et Joseph… S’abandonner à la volonté de Dieu

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 1, 18-24)

Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

De l’abandon à la volonté de Dieu

« Garde ton calme, ne crains pas, ne va pas perdre cœur… » (Isaïe 7, 4)

« C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel » (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). (Isaïe 7, 14)

 « … voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : “Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.” Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la vierge concevra et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : « Dieu avec nous ». » (Mt 1, 20-23)

L’évangéliste Matthieu, d’origine juive et écrivant pour un public judéo-chrétien, est très sensible à l’accomplissement des prophéties. Il inscrit donc la conception virginale de Jésus dans la perspective de l’oracle d’Isaïe, au début du livre de l’Emmanuel (7). Isaïe intervient lors d’une guerre fratricide où le royaume du Nord, Israël, a fait alliance avec Aram, dont la capitale est Damas, pour guerroyer contre le royaume du Sud, Juda : (736-732 av. J.-C.). Dieu intervient pour signifier qu’il n’abandonnera pas la maison de David. Sa lignée royale, si menacée par les circonstances, se perpétuera par un fils, dont le nom, Emmanuel « Dieu avec nous », signifie l’assistance divine. Cet engagement aboutit à la venue du Messie, le Roi attendu, à travers Joseph.

L’évangéliste Matthieu souligne dans son récit deux idées principales : d’une part Jésus vient au monde dans la lignée de David et d’autre part, il le fait par l’intermédiaire de Joseph, qui l’adopte légalement comme fils. Dès l’aurore du christianisme, dans la communauté où enseignait Matthieu, on a reconnu en Jésus né de Marie le Messie promis par Isaïe comme devant naître d’une vierge.

Le nom que recevra cet enfant attendu par Marie est chargé de signification. Jésus sera « le Seigneur qui sauve », il sera celui qui libérera son peuple de ses péchés. Non seulement son peuple, le peuple de l’ancienne alliance, mais à tous ceux et toutes celles qui par la foi, deviendront enfants d’Abraham.

Le titre d’Emmanuel venant du prophète Isaïe vient compléter la mission. Jésus sera « Dieu avec nous ». C’est ce qu’il dit au moment de quitter ses disciples et après les avoir envoyés à toutes les nations : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

Si Jésus entre ainsi dans la mission qui est celle du Messie dans l’histoire du peuple de Dieu, c’est par l’intermédiaire de Joseph, qui l’adopte légalement comme fils. Joseph était un homme juste. Juste au sens biblique c’est-à-dire totalement « ajusté » au vouloir de Dieu. Il ne comprend pas. Il se décide pour la solution la plus discrète, la plus respectueuse des personnes. Cette grandeur d’âme de Joseph s’enracine en Dieu, et Dieu vient au-devant de son serviteur : il lui révèle son dessein. Dieu, qui est déjà à l’œuvre par son Esprit Saint dans l’existence de Marie, intervient dans la vie de Joseph et lui découvre son plan :

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;  elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Dès lors tout s’éclaire : Joseph comprend le silence de Marie, il saisit d’une seule intuition de foi ce que Dieu attend d’elle et ce que Dieu attend de lui. Elle donnera au Messie sa chair et ses traits ; lui, fils de David et charpentier, sera là pour lui donner légalement un nom dans la lignée royale de David.

La maternité de Marie n’a pas d’autre explication que l’amour de Dieu pour le monde et le choix infiniment libre qu’il a fait d’une femme pour l’associer intimement à son œuvre de recréation. Et puisque c’est Dieu lui-même qui a fait ce choix, puisque c’est lui qui a aimé, voulu et préparé Marie, ne craignons pas, à quelques jours de Noël, de l’accueillir chez nous, de lui faire une place… dans notre cœur, car tout ce qui nous vient par elle porte la marque de l’Esprit Saint. (Du Neuf et de l’ancien – Jean Lévêque – Éditions du Carmel p. 16-21)

 

Mariam, fille de Marie et de Joseph : l’abandon comme chemin d’union à Dieu

Mariam a 3 ans lorsque son père tombe gravement malade. Il demanda et reçut les derniers sacrements avec la plus vive foi. Pleinement résigné à la volonté divine, il fit le sacrifice de sa vie, celui de sa femme et de ses deux enfants. Quand il comprit que le dernier moment approchait, il appela Mariam, la prit par le bras, et, tournant son regard mourant vers une image de saint Joseph “Grand saint, dit-il, voici mon enfant, la Sainte Vierge est sa Mère, daignez veiller, vous aussi, sur elle ; soyez son Père”. “Ces paroles, je les entends encore, et, quoique je fusse bien jeune, elles se sont gravées dans mon cœur” dira Marie, devenue religieuse. (Mariam, sainte palestinienne – Père Estrate – Editions Téqui p. 12)

Deux semaines après sa mère meurt à son tour. Elle est recueillie par un oncle paternel tandis que son frère Boulos est confié à une tante maternelle. Ils ne se reverront jamais. Chaque samedi, dès l’âge de 5 ans, Mariam jeûnait en l’honneur de Marie. Lorsque Mariam passe la nuit en prière, la veille des noces que son oncle a préparées avec un de ses parents, elle demande à la Vierge Marie ce qu’elle doit faire. Tout à coup, elle entend une voix qui lui dit : « Marie, je suis toujours avec toi, suis l’inspiration que je te donne, je t’aiderai ». (Mariam, sainte palestinienne – Père Estrate p. 19) Mariam consacre sa virginité à Dieu en acceptant les conséquences de maltraitance. Après le « martyre »[1] et les soins de la religieuse en robe bleue, « le dernier jour, cette religieuse me servit une soupe si bonne, que jamais je n’en ai mangée de semblable. La portion achevée, je lui en demandai une seconde. Alors la religieuse, rompant le silence, me dit :

« Marie, c’est assez pour le moment ; plus tard, je vous en donnerai de nouveau. Souvenez-vous bien de ne pas faire comme ces personnes qui trouvent qu’elles n’ont jamais assez. Dites toujours : C’est assez ; et le Bon Dieu, qui voit tout, veillera toujours sur tous vos besoins. Soyez toujours contente, malgré tout ce que vous pourrez avoir à souffrir et Dieu, qui est si bon, vous enverra le nécessaire. N’écoutez jamais le démon : défiez-vous de lui, car il est très rusé. Quand vous demanderez quelque chose au Bon Dieu, il ne vous le donnera pas toujours aussitôt, afin de vous éprouver et de voir si vous l’aimez toujours également ; et puis, un peu plus tard, il vous l’accordera, pourvu que vous soyez toujours contente et que vous l’aimiez. Marie, Marie, n’oubliez jamais les grâces que le Seigneur vous a faites. Lorsque quelque chose de fâcheux vous arrivera, pensez que c’est Dieu qui le veut. Soyez toujours pleine de charité pour le prochain ; vous devez l’aimer plus que vous-même.

Vous ne reverrez jamais votre famille ; vous irez en France, où vous vous ferez religieuse ; vous serez enfant de saint Joseph avant de devenir fille de sainte Thérèse. Vous prendrez l’habit du carmel dans une maison, vous ferez profession dans une seconde, et vous mourrez dans une troisième, â Bethléem.

Vos parents vous chercheront ; vous-même, vous serez tentée de vous faire connaître. Gardez-vous-en bien, sans quoi vous n’auriez plus de soupe.

Vous souffrirez beaucoup pendant votre vie, vous serez un signe de contradiction ».

« Oui, nous disait Marie sur le bateau qui la transportait à Bethléem avec ses compagnes, la religieuse qui m’avait soignée après mon martyre et que je sais à présent n’être autre que la très Sainte Vierge, m’avait prédit tout ce qui m’est arrivé jusqu’à ce jour. » (Mariam, sainte palestinienne – Père Estrate p. 22-23)

Marie se rend sensiblement présente à l’adolescente, présence qui l’accompagnera durant sa vie entière au fil d’apparitions et de visions riches d’enseignements, mais aussi par une sollicitude maternelle qui se concrétisera dans des secours matériels, des grâces de préservation dans le danger, des guérisons extraordinaires, pour ne pas dire miraculeuses. Pour Mariam, la Vierge Marie est avant tout mère, une mère aimante et attentionnée, soucieuse de son salut, attentive à ses progrès dans le chemin de sa sanctification, et pour cela se montrant parfois sévère… si toutes les étapes de son cheminement intérieur sont accompagnées par Marie… elles ne sont ordonnées qu’à une union toujours plus intime avec la personne de Jésus, et par là avec Dieu Trinité.

Marie, qu’elle retrouve chaque jour sous les traits de Notre-Dame du Mont Carmel présentant 1’Enfant Jésus à la vénération de ses filles, est celle qui montre et qui donne le Christ, qui conduit à lui et apprend à l’imiter, à le suivre, qui intercède pour nous auprès de lui, particulièrement au temps de l’épreuve, de la désolation. Sœur Mariam de Jésus crucifié avait, en effet, annoncé au début septembre qu’elle passerait par trois années sans consolations. Ainsi le 20 septembre 1868 :

« Sainte Vierge, ma Mère, je me jette à tes pieds. J’ai beaucoup péché, mais je te cherche, Mère chérie. Je cherche aussi Jésus, mais tu te caches, ainsi que Jésus. Ô ma Mère, aie pitié de ce petit rien. Ô Jésus, pardonne-moi ! Je ne veux plus t’offenser. Aie pitié de cette pauvre orpheline ! Tu n’es pas venu pour les justes, mais pour sauver les pécheurs. Je n’ai plus Jésus. Je suis un petit rien abandonné. Mon Dieu, mon Dieu, miséricorde ! Tu es infiniment bon, j’espère en toi » (Vie merveilleuse de la sœur Marie de Jésus Crucifié, tome II p. 3-4).

Mariam sait que sa prière à la Vierge n’est jamais vaine, que l’amour maternel de Marie ne saurait lui manquer : « Un jour, après qu’elle eut enduré de terribles souffrances, comme elle récitait l’Ave Maria avec sa maîtresse, tout à coup elle cesse de répondre, et, cachant son visage dans ses mains, paraissant éblouie par une lumière céleste, transportée de joie comme un petit enfant à la présence de sa mère, qu’il n’a pas vue depuis longtemps, elle dit à sa maîtresse : « Écoute parole de la Sainte Vierge. » Après un moment de silence, elle reprit : « Vous compris ce qu’elle dit ? » Faisant encore silence, elle ajouta bientôt après, parlant de la Sainte Vierge : « Elle sort de la cellule. » Alors elle frappa sa poitrine en disant : « Elle est ma mère ! » (M.-E. Schall, Portrait et Itinéraire, Sainte Marie de Bethléem..., p. 91.)

(Joachim Boufflet Mariam, une sainte arabe pour le monde p. 364-365)

C’est au début de cette période que se situe une nouvelle expérience spirituelle. Sœur Mariam de Jésus Crucifié va abandonner à Dieu le soin de choisir pour elle entre les « roses » et les « épines » : « À l’oraison du soir je voyais deux enfants (anges) qui paraissaient avoir sept ans. L’un tenait d’une main un calice, de l’autre une croix et une couronne d’épines. Le second me présentait une robe plus blanche que la neige, une belle couronne de roses et des parfums exquis. L’enfant qui portait la croix me dit : “Choisis !” Je lui répondis : “Enfant, va demander à Jésus de choisir pour moi : Son bon plaisir est mon bon plaisir, sa volonté, ma volonté”.

« L’enfant sourit et me dit : “Celui qui choisit ici-bas la croix aura un jour la couronne de roses. Celui qui choisit pendant la vie la rose et les parfums aura l’épine plus tard. Tout se changera pour lui en douleur”. Je répondis : “Enfant, je ne veux rien choisir, parce que je suis faible. Va dire à Jésus que je préfère qu’il choisisse pour moi. S’il choisit pour moi la croix, la couronne d’épines et le calice pour toute l’éternité, je serai contente parce que lui le sera. L’enfant a pleuré et tout a disparu”.

En fait Mariam choisit l’abandon parfait à l’Amour. Et, avec son détachement habituel par rapport aux grâces extraordinaires, elle conclut, avec sa simplicité naturelle, fruit de l’esprit d’enfance : « Tout ceci est peut-être le fruit de l’imagination. Je ne m’y arrête pas… » (Sœur Marie-Edmée Schall, « La voie d’enfance à l’école de sainte Mariam », Mariam de Bethléem, Tout pour l’Amour…, p. 71-72)

Aux pieds de Marie, j’ai retrouvé la vie.
 Aux pieds de Marie, ma Mère chérie, j’ai retrouvé la vie.
Ô vous tous qui souffrez, venez à Marie,
aux pieds de Marie, j’ai retrouvé la vie.
Votre salut et votre vie [sont] aux pieds de Marie.
Ô vous qui travaillez dans ce monastère,
Marie compte [vos] pas et [vos] sueurs.
Dites-vous à vous-mêmes :
Aux pieds de Marie, j’ai retrouvé la vie.
Vous qui habitez dans ce monastère,
dégagez-vous de tout ce qui est de la terre.
Votre salut et votre vie sont aux pieds de Marie.
Vous qui habitez ce monastère, Marie [vous] dit :
Mon enfant, je t’ai choisie entre dix mille ;
entre dix mille, je te mettrai dans mon temple.
Aux pieds de Marie, vous trouverez la vie.
Marie vous dit : Je t’ai mise dans mon temple,
tu n’auras jamais faim, tu n’auras jamais soif ;
je te donne la nourriture, la chair, le sang de l’Innocent.
Aux pieds de Marie, j’ai trouvé la vie.
Vous qui dites que je suis orpheline, voyez :
[j’ai] une Mère au plus haut des cieux.
Heureuse enfant d’une telle Mère !…
Aux pieds de Marie, j’ai trouvé la vie.
J’habite dans les entrailles de ma Mère ;
J’y trouve mon Bien-Aimé : suis-je donc orpheline ?
Dans le sein de Marie, j’ai trouvé la vie…
Le serpent, le dragon voulaient me mordre et avoir ma vie…
Mais, aux pieds de ma Mère, dans ce monastère, j’ai retrouvé la vie.
Marie m’appelle, et, dans ce monastère, je resterai toujours.
Aux pieds de Marie, j’ai retrouvé la vie.
(Denis Buzy, Pensées, Ed. du Serviteur 1993 p. 41-42)

Le soir du 31 mai 1873, veille de la Pentecôte, sœur Mariam chante le cantique de l’arbre de vie, devant la statue de la vierge dans l’ermitage de Notre Dame du Mont carmel, où la communauté est réunie pour le rosaire.

Salut, salut, arbre de vie,
qui nous donne le fruit béni !
Du centre de cette terre
mon cœur gémit, mon cœur soupire :
Oh, qui me donnera des ailes
pour voler vers mon Bien-Aimé ?
Salut, salut, arbre béni,
C’est par toi que je reçois le fruit de vie !
Je vois sur tes feuilles écrits ces mots :
Ne craignez rien.
Ta verdure me dit : Espérez !
Tes branches me disent : Charité !
Et ton ombre : Humilité !
Salut, salut, arbre béni,
En toi je trouve le fruit de vie !
Du centre de cette terre
mon cœur gémit, mon cœur soupire :
Oh, Qui me donnera des ailes
pour voler vers mon Bien-Aimé ?
Salut, salut, arbre béni,
Tu portes le fruit de vie !
Sous ton ombre je veux gémir,
à tes pieds je veux mourir !
(Vie merveilleuse de la sœur Marie de Jésus Crucifié tome II p. 26).

L’arbre de vie (Gn 2, 9a), c’est Marie, et le fruit béni est emprunté à Lc 1, 42.

Elle en donnera l’interprétation le 27 décembre 1874, dans une nouvelle extase :

« Marie triomphe ; elle donne le fruit de vie. Elle triomphe du dragon qui dévore ses enfants. Marie donne sa vie, elle donne son fruit pour sauver ses enfants. » (Vie merveilleuse de la sœur Marie de Jésus Crucifié tome II p. 151).

Quelques jours après, le lundi de Pentecôte, 2 juin 1873, pendant le Rosaire à l’Ermitage de Notre Dame du Mont Carmel, sœur Marie de Jésus crucifié fait d’elle-même un acte d’offrande inconditionnel à Dieu « dans les mains de Marie ». « J’ai fait profession et remise de ma volonté à Dieu. Il me l’avait demandée et je la lui ai rendue et donnée pour le temps et l’éternité. » C’est un moment particulièrement important dans la vie de sœur Mariam, quant à la dynamique de l’abandon à Dieu et de la confiance totale et absolue par rapport à l’avenir.

Le 19 avril 1876, sœur Mariam vit un nouveau sommet de la voie de l’abandon à l’amour maternel de Dieu. Au cours de l’extase, elle exprime tout haut son long débat intérieur qui la conduit à un choix : « Les enfants (anges) disent : Si tu passes par la forêt, tu tomberas. Si tu vas vite à Jésus, le Seigneur te donnera ce que tu désires : c’est à présent le moment de la décision. – Mais, répond sœur Mariam, si je vais à présent, je n’aurai rien à offrir à mon Dieu. J’aurai le temps de jouir et je n’aurai pas le temps de souffrir ! Qu’y a-t-il de plus agréable à Dieu ? Dites à mon Dieu que je veux ce qui lui est le plus agréable. » L’objet du désir de Mariam, c’est de savoir si elle doit désirer mourir immédiatement pour aller au ciel avec son Bien-Aimé Seigneur, ou bien accepter de rester encore en cette vie pour l’aimer davantage… Finalement, une fois de plus, elle ne choisit pas, mais décide d’opter pour le simple abandon à la volonté divine et conclut : « J’ai mieux que Père et Mère : j’ai mon créateur qui m’enveloppe. La Mère connaît mieux ce qui est bon pour l’enfant. Ton bon plaisir, c’est cela que je veux. » (Vie merveilleuse de la sœur Marie de Jésus Crucifié tome II p. 219 ; mercredi de Pâques 19 avril 1876).

Ce don total d’elle-même à l’Époux divin lui vaut la grâce du mariage spirituel. Au sein de transports de joie et d’allégresse, sœur Marie de Jésus Crucifié reçoit aussitôt « la bague de l’Alléluia » (selon sa propre expression), une alliance visible pour elle seule. Désormais le désir du ciel se fait de plus en plus véhément.

Cependant tous ces élans resteront subordonnés à un abandon total et confiant aux desseins miséricordieux du Seigneur : « Je me suis abandonnée et entièrement confiée au Seigneur, dit-elle, et sitôt que je l’ai vu au jugement, il m’a reçue dans sa miséricorde et dans son sein. » (Vie merveilleuse de la sœur Marie de Jésus Crucifié tome II p. 233 ; 5 octobre 1876.) (Sœur Marie-Edmée Schall, « La voie d’enfance à l’école de sainte Mariam », Mariam de Bethléem, Tout pour l’Amour…, p. 78-79)

Le désir de sœur Mariam c’est l’accomplissement parfait de la volonté de Dieu. C’est dans le même mouvement, se laisser conduire par l’Esprit. En ce sens, sœur Mariam est bien la fille de la Vierge Marie et de saint Joseph par son abandon total à la volonté de Dieu. Elle nous montre le chemin en nos temps troublés. Ce chemin que nous demandons de suivre lorsque nous prions le Notre Père…  « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Frère Didier Maury,  ocd (couvent d’Avon)

[1] À l’âge de 13 ans, son oncle veut la marier. Elle refuse car elle se sent appelée à consacrer sa vie à Dieu. Elle s’enfuit. Un musulman la recueille, mais comme elle refuse de renier sa foi catholique, cet homme lui tranche la gorge. Il la croit morte et la dépose dans une rue d’Alexandrie. Mariam se réveille dans une grotte où une sœur vêtue en bleu la soigne pendant plusieurs mois. Mariam racontera plus tard, à ses sœurs religieuses, avoir reconnu en cette femme la Vierge Marie.

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