« Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui je trouve ma joie » (Mt 3,17)
C’est cette parole qui dévoile l’identité filiale de Jésus lors de son baptême. Conduit au désert, il est tenté par le diable sur cette même identité : « si tu es fils de Dieu, …«
Si le Christ a été éprouvé, nous n’échapperons pas non plus à ce combat spirituel. Appuyés sur la victoire du Christ, nous pouvons apprendre dans l’oraison, la prière silencieuse, à développer les 3 attitudes filiales qui nous permettront de vivre sous le regard du Père. Bonne 1ère semaine de carême !
Les combats spirituels de Jésus
Par deux fois, les évangiles nous rapportent un combat spirituel de Jésus, l’un avant d’inaugurer sa vie publique, l’autre avant d’entrer dans sa passion, à savoir les tentations au désert et l’acceptation de la croix à Gethsémani. Ce sont deux temps essentiels pour Jésus. Victorieux en acceptant le dessein du Père sur lui et pour les hommes, il accomplit sa vocation et sa mission et il devient ainsi la source du salut pour notre humanité. Ces deux évènements deviennent ainsi pour nous, qui voulons être disciples de Jésus, une riche source de méditation pour apprendre de lui.
Les trois évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) placent l’épreuve des tentations au désert après le baptême au cours duquel la voix du Père se fit entendre. Elle révèle l’identité réelle de Jésus, connu jusqu’alors pour être un Nazaréen, fils de Joseph et de Marie : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie » dit la voix du Père (Mt 3,17). Saint Luc, dans son Évangile, insère en plus entre le baptême et les tentations au désert la généalogie de Jésus qu’il conclut par « fils d’Adam, fils de Dieu ». De plus, l’Esprit Saint, qui était descendu sur lui au baptême, demeure toujours présent en Jésus et il le conduit au désert.
C’est donc conforté dans son identité et sous l’impulsion de l’Esprit Saint que Jésus se rend au désert, lieu de la rencontre en solitude avec Dieu et lieu du combat spirituel. D’ailleurs, Satan tentera par deux fois Jésus en invoquant explicitement la qualité de son être : « Si tu es le fils de Dieu… ». C’est bien celui qui vient d’être manifesté comme Fils de Dieu qui va être mis à l’épreuve ; et c’est le même Esprit qui reposa sur Jésus qui le pousse aujourd’hui au désert pour y subir l’épreuve de la tentation. Mais en quoi consistent précisément ses tentations ?
La tentation du prodige
« Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain. » Ou « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas. » Le motif invoqué par le diable n’est pas faux, Jésus est bien Fils de Dieu. L’épreuve au désert porte bien sur cette filiation divine, mais les conséquences que le démon en tire sont erronées, et constituent proprement la tentation. Jésus a entendu la voix du Père lui dire qui il était, mais a-t-il bien entendu, compris et quelles conséquences en tire-t-il ? Changer les pierres en pain, se jeter du faîte du temple sont deux tentations qui recouvrent une seule et même tentation : se prévaloir du titre de Fils de Dieu pour lui-même. Le diable voudrait que Jésus manifeste des prodiges pour jouir en tout indépendance de ce qui est en réalité un don de son Père. D’une certaine manière le démon invite Jésus à vérifier la réalité de son identité par la réalisation de prodiges pour son propre bien ou pour se rassurer : ‘Dieu t’a dit que tu étais son Fils, alors montre-le !’
Cette tentation rappelle celle à laquelle l’homme a succombé au jardin d’Éden. Le serpent invitait le premier couple à se méfier de Dieu : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » (Genèse 3,4-5) Être comme des dieux au milieu de la création décidant du bien et du mal, en dominant pour son profit les éléments, voilà ce que l’homme croyait acquérir. Ce qui est remarquable dans les réponses de Jésus, c’est qu’il fait appel à son humanité et à sa relation avec son Père pour écarter la tentation et révéler ainsi ce que signifie réellement être Fils de Dieu. Être Fils de Dieu ne donne pas des privilèges et des pouvoirs spéciaux, mais engage à vivre de cette relation de filiation.
L’invitation du démon dans la première tentation a une certaine légitimité, il est normal d’avoir faim après quarante jours de jeûne et, une fois la période de jeûne terminée, il est légitime de reprendre une nourriture substantielle. Mais Jésus est un être profondément unifié dans son identité filiale, il sait qu’être Fils, c’est avant tout être tourné vers le Père et recevoir de Lui sa vie et son être : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. » (Jn 1,1) comme le traduit justement la Traduction Œcuménique de la Bible. Et Jésus réaffirmera cette dépendance vitale : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4,34). Voilà ce qu’est être Fils, savoir d’où vient ma vie, de qui je reçois mon être, mon identité et ma mission.
Demeurer tourné vers le Père
Avec la tentation du saut du haut du Temple, le démon veut que Jésus accomplisse un acte extraordinaire pour démontrer la protection divine dont il bénéficie comme Fils, tant pour s’en assurer l’efficacité que pour susciter l’admiration. Mais le Fils connaît le Père, il n’a pas besoin de mettre à l’épreuve le Père pour être sûr de la Parole entendue. De plus, sa vocation et sa mission sont d’accomplir les œuvres du Père, ses œuvres sont les œuvres du Père, il ne fait rien d’autre en dehors d’elles. Certes, au cours de son ministère public, Jésus manifestera la puissance de Dieu, mais jamais pour sa propre gloire, toujours pour le service de sa mission.
Avec la dernière tentation, le diable voudrait que Jésus pose un acte d’adoration pour recevoir en héritage la royauté sur l’univers, comme il est écrit au Psaume 2ème : « Demande, et je te donne en héritage les nations, pour domaine la terre tout entière ». Mais comment pourrait-il recevoir le don promis s’il se détournait du Père qui seul peut l’accorder au temps qu’il a déterminé ? La vocation du Fils est de demeurer tourné vers le Père pour recevoir la vie et d’accomplir les œuvres du Père, fidèle à ses attitudes filiales, le Fils attend du Père le don promis quand il le lui accordera. Et c’est parce qu’il demeure fidèle et patient, qu’il peut espérer recevoir le don promis. Le Fils n’exige rien comme un dû, il demeure fidèle dans l’attente de la réalisation des promesses de son Père.
La rivalité ou l’alliance
En découvrant notre identité, notre valeur, la tentation fondamentale, pour Jésus comme pour l’homme, est de se poser en rival de Dieu notre Père, ou de vouloir devenir propriétaire, mettre la main, sur ce qui doit demeurer dans une relation d’alliance et de confiance. Or notre identité et notre vocation ne sont pas une proie que nous devons saisir et défendre jalousement contre celui qui voudrait nous la retirer. Mais ce que nous sommes est un don qui se reçoit et se vit dans une dépendance qui est une filiation. « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition de serviteur, et devenant semblable aux hommes. (…) Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom » (Phi 2, 5-9). En inaugurant son ministère public par les tentations au désert, Jésus revit les épreuves du premier couple et aussi l’exode du peuple juif, mais en nous montrant comment on peut en sortir vainqueur. Jésus se déterminera toujours selon le dessein du Père. Il Lui sera fidèle tout au long de sa vie, parce que loin de vouloir devenir comme Dieu, il acceptera librement de ne pas considérer comme une proie à saisir d’être égal à Dieu. Au contraire, il trouvera la vie dans l’obéissance et la dépendance envers son Père. Le Fils est ce qu’il est par don du Père : se couper de la source de son être, ce serait en définitive perdre son identité.
Cette disposition intérieure s’exprime par la manière dont Jésus invoque la Parole de Dieu. Il connaît les Écritures pour en vivre, pour guider ses choix. Par contre, le diable en use de manière erronée en sortant des versets de leur contexte. Et en les lisant de manière fondamentaliste, il met ainsi l’Écriture à son service en la pervertissant. Jésus, lui, rappelle les préceptes fondamentaux et y conforme son attitude. Pour repousser les tentations, il fait appel à la Parole de Dieu qui comme une lumière dévoile l’erreur, qui comme un glaive repousse l’ennemi. Par son attitude, Jésus a accompli les Écritures, et ainsi il a réalisé sa vocation et conforté son identité. Il a été éprouvé en tout point, mais sans péché, dira l’auteur de l’épître aux Hébreux (4,15). Jésus a été confronté à la faim, à l’orgueil, au désir de pouvoir, à l’immédiateté, mais il est sorti vainqueur et affermi. Jésus avait révélé son identité lors de son baptême, et l’épreuve au désert a vérifié qu’il avait bien accueilli cette identité et sa vocation comme don de son Père.
Saint Pierre dans sa première épître rappelle aux chrétiens qu’il en est de même pour eux. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ : Dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus-Christ (…). Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves, afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus-Christ. » (1P 1,3-7)
Les trois attitudes filiales fondamentales
Jésus est Fils de Dieu non parce qu’il change des pierres en pain, ni parce qu’il peut se jeter dans le vide, ni parce qu’il est libre de rendre un culte à qui il veut. Mais en réussissant les trois épreuves au désert, Jésus nous révèle les trois attitudes filiales fondamentales, nous sommes fils de Dieu car :
- Nous recevons de Dieu la vie et la subsistance quotidienne, nous résistons à la tentation de l’auto-suffisance,
- Notre réponse est avant tout un acte de confiance en la Parole entendue, nous résistons à la tentation de mettre Dieu à l’épreuve,
- Et nous demeurons fidèlement tournés vers Lui, dans un acte d’adoration, pour recevoir les dons promis, et nous résistons à la tentation de prendre comme proie ce qui doit rester un don.
Ainsi, le Fils est celui qui est tourné vers Dieu son Père dans un acte de confiance et d’attente persévérante du don à venir, ce qui est exprimé théologiquement dans le prologue de Jean déjà cité : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. » (Jn 1,1) C’est parce que le Verbe demeure tourné vers le Père qu’il est Fils de Dieu, toute infidélité aussi minime soit-elle à cette attitude filiale, serait une négation de son être.
Demeurer tourné vers le Père dans un acte de confiance et d’amour pour attendre de Lui dans la patience le salut promis, telle est l’attitude filiale fondamentale, et on comprend dès lors facilement que cette attitude trouve dans la prière personnelle un lieu privilégié pour s’exprimer réellement dans notre vie. On peut même dire que l’oraison est le lieu où je m’exerce à être fils : prendre le temps d’être tourné vers le Père, le reconnaître comme Père, source de ma vie, recevoir sa Parole comme nourriture, lui redire ma confiance dans un acte de profonde reconnaissance et adoration, et de tenir ainsi dans l’espérance. Nous verrons, tout au long de cette retraite, comment vivre cet engagement filial dans la prière, ainsi comprendre comment elle s’insère dans ma vocation fondamentale pour trouver une unité de vie.
Pistes pour m’approprier la méditation
Pour entrer dans ce chemin filial, je peux me poser quelques questions :
- De ces trois attitudes filiales fondamentales, laquelle m’est la plus coutumière, facile et habituelle ?
- Et inversement, quelle est celle qui m’est plus difficile ?
- De quelles images de Dieu et de moi-même, de mon identité et de ma vocation, ces difficultés sont-elles significatives ?
Fr. Antoine-Marie Leduc, ocd (couvent d’Avon)

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