« Toutes les fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe
vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. » (1Co 11,26)
Nous voici sur le point d’entrer dans la semaine sainte avec la célébration du dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur. Notre chemin de prière prend ici une coloration nouvelle, celle de la vie donnée : l’Eucharistie est le condensé du mystère pascal comme sacrement de mort et de vie.
Jésus inaugure dans sa pâque un « processus de transformations » (Benoit XVI) qui change le monde. Il dépend de nous de nous y associer dans l’Eucharistie et notre vie ordinaire. Disons notre oui au Père à la suite de Jésus et participons de sa Pâque en ces jours. Nous y trouverons l’unité de notre vie…
Sainte semaine à vous !
La prière est avant tout le lieu où l’on apprend à devenir fils et filles de Dieu, en mettant en œuvre les attitudes filiales que Jésus nous a apprises lors de ses tentations au désert : prendre le temps d’être tourné vers le Père, le reconnaître comme Père, source de ma vie, recevoir sa Parole comme nourriture, lui redire ma confiance dans un acte de profonde reconnaissance et d’adoration, et tenir ainsi dans l’espérance. La transformation intérieure que nous attendons est de nous unir à la prière de Jésus, être associé à lui, avec lui tourné vers le Père dans la puissance de l’Esprit. La prière contemplative consiste ‘tout simplement’ à demeurer éveillé dans la Foi dans cette attitude filiale où on accueille le don et le dessein du Père et où on s’offre à Lui. Il s’agit de conformer notre existence à celle de Jésus, car c’est par la vie de Jésus que nous sommes sauvés, et chacun de nous, nous sommes appelés à entrer dans cette vie, c’est-à-dire ce chemin de sainteté en mettant nos pas dans ceux de Jésus.
L’eucharistie de Jésus
Au seuil de cette Semaine Sainte, nous sommes invités à contempler Jésus dans son mystère pascal pour toujours mieux comprendre de quel amour il nous a aimés et comment il nous a sauvés. Or la vie de Jésus, de son incarnation à sa résurrection, est entièrement une Eucharistie par l’offrande de lui-même qu’il fait à son Père ; toute sa vie est action de grâces et accomplissement des œuvres de Dieu, accueil et réalisation de la volonté de son Père, comme il l’a bien signifiée lors de ses tentations au désert. Saint Paul le confirme : « Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’ »Amen » à Dieu pour sa gloire. » (2Co 1,20). C’est pourquoi l’Eucharistie est indissociable de la vie même de Jésus et spécialement de son mystère pascal. D’ailleurs, l’institution de l’Eucharistie se réalise à la veille de l’offrande pascale où il anticipe sacramentellement le don de son Corps et de son Sang par l’offrande du pain et du vin. Dans l’institution de l’Eucharistie au cénacle, Jésus rassemble tout le contenu des gestes des paroles qu’il va poser durant sa Pâque, le contenu de l’Eucharistie condense et anticipe le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus.
Car si Jésus suit les rites d’Israël quant à la célébration d’un repas pascal, par la suite, le repas de Jésus au Jeudi Saint apporte quelque chose de nouveau : « Avec ses disciples, Il a célébré la cène pascale d’Israël, le mémorial de l’action libératrice de Dieu qui avait conduit Israël de l’esclavage à la liberté. Jésus suit les rites d’Israël. Il récite sur le pain la prière de louange et de bénédiction. Mais ensuite, se produit quelque chose de nouveau. Il ne remercie pas Dieu seulement pour ses grandes œuvres du passé ; il le remercie pour sa propre exaltation, qui se réalisera par la Croix et la Résurrection, et il s’adresse aussi aux disciples avec des mots qui contiennent la totalité de la Loi et des Prophètes : “Ceci est mon Corps donné pour vous en sacrifice. Ce calice est la Nouvelle Alliance en mon Sang” » (Benoit XVI, homélie finale des Journées Mondiales de la Jeunesse de 2005 à Cologne). Et le Saint-Père précisait ce qui se réalisa mystérieusement dans l’Institution de l’Eucharistie : « Faisant du pain son Corps et du vin son Sang, il anticipe sa mort, il l’accepte au plus profond de lui-même et il la transforme en un acte d’amour. Ce qui de l’extérieur est une violence brutale, devient de l’intérieur l’acte d’un amour qui se donne totalement. Telle est la transformation substantielle qui s’est réalisée au Cénacle et qui visait à faire naître un processus de transformations, dont le terme ultime est la transformation du monde jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous (cf. 1 Co 15, 28). » Au-delà du processus de transformation du pain et du vin dans son corps et son sang, le Christ réalise la transformation de la violence inhumaine en don d’amour, puis la résurrection réalisera la transformation de la mort en vie. « Pour reprendre une image qui nous est familière, (nous dit Benoît XVI), il s’agit d’une fission nucléaire portée au plus intime de l’être, la victoire de l’amour sur la haine, la victoire de l’amour sur la mort. Seule l’explosion intime du bien qui vainc le mal peut alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde. » Transformer en nos cœurs toutes nos énergies de violence, de haine et de mort en acte d’amour, c’est cela la véritable révolution, la véritable libération de notre humanité.
Un processus de transformations
Il s’agit donc pour nous de configurer notre vie à l’action de grâce du Christ Jésus, en entrant dans son Mystère pascal. Cette exigence de conversion découle de la réalité même du mystère eucharistique. En effet, Jésus n’a pas institué l’Eucharistie en disant seulement ‘ceci est mon corps, ceci est mon sang’. Mais il a dit, ‘ceci est mon corps brisé, ceci est mon sang répandu’. Donc, le Jésus de l’Eucharistie, c’est le Jésus de la Passion, c’est un homme couvert de sang, de boue et de crachats qui nous offre sa vie. L’Eucharistie est un sacrement de mort à soi avant d’être un sacrement de vie. Et c’est parce qu’il est d’abord sacrement de mort qu’il peut être sacrement de vie pour nous. Selon l’enseignement même de Jésus, c’est celui qui perd sa vie à cause de moi et de l’Évangile qui la sauvera.
En effet, l’Eucharistie a été instituée à l’occasion de l’échec apostolique majeur de Jésus auprès des foules, au début du Triduum pascal et après le lavement des pieds. Elle a été instituée la nuit où il fut livré comme le rappelle le mot même de la consécration. Et Paul le rappelle aux Corinthiens : « toutes les fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. » (1Co 11,26) C’est pourquoi après chaque consécration l’assemblée est invitée à le proclamer dans l’anamnèse : nous proclamons ta mort Seigneur ressuscité ! Et c’est pourquoi aussi Jésus a choisi du pain et du vin, c’est-à-dire du blé broyé et du raisin écrasé. De plus, ce pain et ce vin sont séparés pour l’indiquer plus clairement encore : le corps et le sang qui sont séparés signifient la mort de l’homme.
Pour signifier cette œuvre de salut, Jésus dans l’Eucharistie récapitule l’obéissance à son Père. Par le Mystère pascal, il dit oui à la volonté de Dieu qui lui demande de donner sa vie pour ses frères et sœurs. Ce oui est avant tout un oui d’obéissance. De tout son être, Jésus désire vivre, il aime la vie plus qu’aucun homme ; de lui-même, il ne veut absolument pas mourir comme il le dit au jardin des oliviers. Mais cette obéissance qui lui coûte la vie n’est pas une simple résignation comme si, après de longues heures de lutte dans la prière pour tenter de faire changer d’avis le Père, il s’avouait vaincu. Non, c’est une obéissance amoureuse. C’est par amour du Père et des hommes qu’il dit ce oui crucifiant pour lui. Plus que lui-même, il aime le Père et pour lui tous les hommes. Et c’est une obéissance eucharistique, car c’est par amour et dans l’action de grâces, qu’il dit son oui au Père.
Devenir un donné comme Jésus
Eh bien, ce oui d’obéissance amoureuse et eucharistique, Jésus me demande de le faire mien. Quand Jésus nous dit de faire ceci en mémoire de lui, c’est moins la répétition d’un rite que l’entrée dans son obéissance confiante envers son Père. Il a dit oui, il a donné sa vie pour ses frères. Voilà ce qu’il a fait et voilà ce qu’il nous demande de faire. Je dois, comme lui, devenir un donné, livré totalement à la volonté de Dieu, en obéissance amoureuse et eucharistique envers Dieu et par amour pour mes frères et sœurs. Et voilà pourquoi saint Jean peut remplacer le récit de l’institution de l’Eucharistie par le lavement des pieds.
Dans l’Eucharistie, je mange son corps livré, je bois son sang répandu, je m’unis à Jésus, je deviens un avec ce Jésus qui est un donné, je fais mien son oui d’obéissance amoureuse et eucharistique. C’est en accueillant celui qui s’est livré, c’est en désirant devenir moi-même un livré que j’entre réellement dans l’Eucharistie de Jésus. Communier au Corps et au Sang du Christ sans vouloir entrer dans l’Eucharistie de Jésus, cela ne produira jamais aucun effet dans ma vie. Chaque fois que j’avance pour communier, je pose un geste qui signifie « oui à ta volonté Seigneur », un oui d’obéissance, d’amour et de reconnaissance. Manger ce corps brisé, boire à ce sang versé, c’est m’unir à son oui, c’est dire oui avec lui à toutes les volontés de Dieu sur moi. L’Eucharistie est donc un appel pour chacun de nous. Jésus nous appelle à venir joindre notre oui d’obéissance à son oui à lui pour le salut du monde. Ainsi, la messe prendra tout son sens dans notre vie : entrer dans la Pâque de Jésus, cette Pâque qui au quotidien se vit d’abord dans l’humble service fraternel.
La vie unifiée
Et nous pourrons redire avec Saint Paul : « Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’ »Amen » à Dieu pour sa gloire. Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit. » (2Co 1, 20-22). C’est ce à quoi Benoit XVI nous invitait dans son homélie des J.M.J. de 2005, déjà citée : « Cette première transformation fondamentale de la violence en amour, de la mort en vie, entraîne à sa suite les autres transformations. Le pain et le vin deviennent son Corps et son Sang. Cependant, la transformation ne doit pas s’en arrêter là, c’est plutôt à ce point qu’elle doit commencer pleinement. Le Corps et le Sang du Christ nous sont donnés afin que, nous-mêmes, nous soyons transformés à notre tour. Nous-mêmes, nous devons devenir Corps du Christ, consanguins avec Lui. Tous mangent l’unique pain, mais cela signifie qu’entre nous nous devenions une seule chose. L’adoration, avons-nous dit, devient ainsi union. Dieu n’est plus seulement en face de nous, comme le Totalement autre. Il est au-dedans de nous, et nous sommes en Lui. Sa dynamique nous pénètre et, à partir de nous, elle veut se propager aux autres et s’étendre au monde entier, pour que son amour devienne réellement la mesure dominante du monde. »
En concevant ainsi tant la célébration de l’Eucharistie que la prière personnelle, qui toutes deux ouvrent sur une dimension missionnaire, nous comprenons mieux comment la vie chrétienne peut trouver son unité. Et surtout que ces dimensions de la vie chrétienne (mission, sacrements et prière personnelle) ne s’opposent pas entre elles. Bien au contraire, en elles-mêmes et dans leur perfection d’amour, elles sont supportées et finalisées par la même dynamique d’accueil et d’accomplissement du dessein du Père, ce oui au Père. La prière et la mission ne s’opposent que dans l’imperfection de notre vie, c’est-à-dire si la prière n’est qu’une simple inactivité, un repliement sur moi-même, ou l’action, une simple agitation, une occupation pour combler la vacuité de mon existence. En réalité le temps donné à la prière, ma participation aux sacrements et mon engagement missionnaire sont tous des lieux où j’accueille et mets en œuvre ma vocation filiale : vivre et célébrer le don de Dieu notre Père, être tourné vers Lui et répondre à cet amour.
Pistes pour m’approprier la méditation
Dès lors, trois questions me permettront de mesurer la justesse et l’authenticité de ma vie de prière :
- Comment ma prière est-elle eucharistique, c’est-à-dire une offrande et un ‘oui’ à Dieu notre Père avec Jésus, et comment mes services, ma mission, sont aussi une prière, un ‘oui’ au Père ?
- Comment est-ce que je perçois et vis une unité entre les trois dimensions de ma vie chrétienne, prière, service et sacrement ?
- Et ainsi, comment les disharmonies, les tensions voire les oppositions expriment-elles les conversions que j’ai encore à vivre ?
Fr. Antoine-Marie Leduc, ocd (couvent d’Avon)

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