Province de Paris des frères Carmes Déchaux

Carême – Introduction : « Oh oui ! Sur la terre, il ne faut s’attacher à rien »

« Revenez à moi de tout votre cœur dans le jeûne, les larmes et le deuil »  (Joël 2,12)  

Quarante jours pour aller à Sa rencontre, approfondir notre relation avec Dieu et laisser la prière et l’action transformer notre cœur. Ensemble, nous avancerons vers Pâques, guidés par la sagesse de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus :   « … le Bon Dieu me faisait sentir que la vraie gloire est celle qui durera éternellement et que, pour y parvenir, il n’était pas nécessaire d’accomplir des œuvres éclatantes, mais de se cacher et de pratiquer la vertu, en sorte que la main gauche ignore ce que fait la droite… »
Que ce chemin de Carême soit pour chacun un temps de grâce et de conversion.

Chers retraitants, nous avons suivi la retraite d’Avent avec Thérèse de l’Enfant-Jésus, nous commençons cette retraite de Carême avec la même Thérèse, Thérèse de la Sainte Face, Thérèse devant le mystère pascal. Thérèse dont nous fêterons le centenaire de la canonisation (le 17 mai) en cette année jubilaire 2025. Répondons joyeusement à l’invitation du Pape François à être pèlerins d’espérance.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 6,1-6.16-18)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »

 

Quarante jours pour aller à sa rencontre

Qu’est-ce que le Carême ? Un temps de relecture de notre vie chrétienne, de nos péchés et de la miséricorde de Dieu ? Le temps d’une nouvelle marche à sa rencontre ? Quarante jours qui donnent la possibilité de (re)plonger dans certains textes de la Bible, de méditer sur les quarante années de la marche au désert des Hébreux vers la terre promise, de relire notre parcours de croyant.

Quarante jours aussi pour contempler Jésus, parti au désert, et se laisser interroger par lui, s’attacher plus fermement à lui pour mieux se détacher de notre ego. C’est cela que nous propose la liturgie de l’Église. Vivre un temps particulier d’une relation toujours plus intime avec Dieu, dans la prière et l’action.

Ce qui est très fort dans le Carême c’est la simultanéité entre l’effort personnel de conversion qui nous est demandé et le même effort de tous les autres croyants, proches et lointains, connus et inconnus. Cela contribue à faire grandir en nous la fraternité humaine. Nous ne sommes pas seuls à entrer en Carême ! Il y a beaucoup de monde… Et les saints peuvent nous y aider. Le célèbre appel du prophète Joël (première lecture de la messe des Cendres) : « Revenez à moi de tout votre cœur dans le jeûne, les larmes et le deuil » (2,12) est une ouverture à l’écoute de la parole de Dieu.

C’est un appel de Dieu à revenir à lui par un mouvement intérieur, profond, qui mobilise tout l’être, corps, âme, esprit, par le jeûne, les larmes et le deuil. C’est une introduction, ce n’est pas tout ce qu’on peut dire du Carême ! Le même Joël dit juste après que le Seigneur est « tendre et miséricordieux » (2,13). C’est-à-dire que le Seigneur n’est pas sourd à nos prières, ses oreilles ne sont pas fermées, son cœur est largement ouvert, « tendre et miséricordieux », prêt à recevoir tous ceux qui vont à sa rencontre, qui reviennent vers lui, tels qu’ils sont, sans masque ni faux semblant.

Comme Marie a dit oui à l’ange de l’Annonciation, nous avons aussi à dire oui à la miséricorde de Dieu, à dire notre Amen, car sans cela, le salut ne peut venir à nous ! Il y a ces deux dimensions dans le Carême : un abandon à la grâce de Dieu et un effort en sa direction. La conversion à laquelle Dieu nous invite chaque jour, conversion dont le Carême rappelle l’urgence, consiste à prendre la bonne direction, et à maintenir ce cap. La conversion n’est jamais achevée. La conversion, c’est dans notre cœur qu’elle se joue, dans ce que l’Évangile appelle « ta pièce la plus retirée » (6,6).

La prière, c’est clairement dit, n’est pas dans les gestes extérieurs qui permettent de se faire remarquer par les hommes !

Dans le Manuscrit A, Thérèse se souvient de son enfance, lorsqu’elle lisait des récits sur les actions patriotiques des héroïnes françaises, Jeanne d’Arc en particulier, cela suscitait en elle le désir de les imiter : « … le Bon Dieu me faisait sentir que la vraie gloire est celle qui durera éternellement et que pour y parvenir il n’était pas nécessaire de faire des œuvres éclatantes mais de se cacher et de pratiquer la vertu en sorte que la main gauche ignore ce que fait la droite… […] Je pensais que j’étais née pour la gloire, et cherchant le moyen d’y parvenir, le Bon Dieu m’inspira les sentiments que je viens d’écrire. Il me fit comprendre aussi que ma gloire à moi ne paraitrait pas aux yeux mortels, qu’elle consisterait à devenir une grande Sainte !!!… Ce désir pourrait sembler téméraire si l’on considère combien j’étais faible et imparfaite et combien je le suis encore après sept années passées en religion, cependant je sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande Sainte, car je ne compte pas sur mes mérites n’en ayant aucun, mais j’espère en Celui qui est la Vertu, la Sainteté Même, c’est Lui qui se contentant de mes faibles efforts m’élèvera jusqu’à Lui et, me couvrant de ses mérites infinis, me fera Sainte. » (32r)

Devenir sainte, c’est le plus grand désir de la Petite Thérèse. Mais comment le réaliser ?

En s’abandonnant à sa grâce !

Le Mercredi des Cendres 1888, avant son entrée au Carmel, Thérèse reçoit un cadeau de son père, un petit agneau. Ce cadeau la ravit, mais la petite créature mourut le jour même ! Dans une lettre à Marie (LT 42), sa sœur carmélite, elle écrit, en racontant ce fait, combien la mort de ce petit animal l’a convaincue qu’il ne faut s’attacher à rien sur la terre. Voilà une pensée qui consonne avec le sens profond du Carême. Dieu seul est éternel, nous ne le perdons pas si nous nous attachons à lui. C’est seulement par sa grâce que nous sommes sauvés, que nous devenons saints ! Notre part est de lui faire confiance, de nous préparer à la Pâque du Seigneur, à le rencontrer, lui, le Crucifié-Ressuscité, le Fils du Père. Dans l’attente de ce matin de Joie, de Paix et de Vie, soyons nous-mêmes, en vérité, apprenons à aimer, et faisons ce que nous avons à faire durant ce Carême qui commence, croyons à sa miséricorde, début de notre conversion.

Frère Robert Arcas,
 ocd (couvent d’Avon)

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Introduction : « Oh oui ! Sur la terre, il ne faut s’attacher à rien »

Méditations de la retraite avec Thésère de Lisieux