Province de Paris des frères Carmes Déchaux

Carême 2026 – Pâques : « Du cœur de pierre au cœur de chair »

« Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » (Jn 20,8-9)

Il est ressuscité ! Et la première à en faire l’expérience est une femme : Marie-Madeleine. Elle sort et se rend au tombeau dans les « ténèbres ». Elle représente toute l’Église en son exode nocturne vers la Terre promise qu’est Jésus. C’est le même mystère que nous avons contemplé avec Jean de la Croix au cours de cette retraite : « Au milieu d’une nuit obscure… je sortis… » (MC, str. 1, 1 et 4).

Que cette retraite avec Jésus au désert nous introduise dans le mystère de son cœur ressuscité, brûlant d’amour. Qu’elle nous conduise aussi au plus profond de notre propre cœur, là où se fait la rencontre, là où l’épouse est fécondée pour ressusciter.

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Pâques : « Du cœur de pierre au cœur de chair »

Partage spirituel et évaluation

Merci à tous ceux qui prendront quelques minutes pour répondre à 4 questions. Vos réponses nous aideront à améliorer nos retraites. Vous pouvez également partager un court témoignage de votre expérience (en précisant si nous pouvons le citer de manière anonyme).
Dans notre message final, qui sera envoyé le dimanche 12 avril, nous partagerons un petit « bouquet spirituel » composé des témoignages reçus, pour rendre grâce à Dieu pour ses merveilles dans nos vies.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 20, 1-9)

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Le tombeau ouvert et l’amour ressuscité

Nous voilà en plein mystère de la Résurrection. La première à en faire l’expérience, c’est une femme, Marie-Madeleine. Elle sort et va vers le tombeau dans les « ténèbres » (v. 1). Elle représente toute l’Église en son exode nocturne vers la terre promise qui est Jésus. « La nuit, j’ai cherché celui que mon cœur désire… Oui, je me lèverai et j’irai… » (Ct 3,1-2), chante la Bien-aimée du Cantique des Cantiques. C’est le même mystère que nous avons vécu avec Jean de la Croix au cours de cette retraite : « Au milieu d’une nuit obscure… je sortis… » (MC str. 1,1 et 4). Nous sommes « sortis » de notre extériorité captative pour entrer de nouveau, avec Jésus et Marie, vers l’intériorité oblative, comme Marie-Madeleine. Mais : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé » (v. 2). Où est-Il désormais, ce Seigneur ? Il est en nous, nous dit Jean de la Croix ! Mais il y est mystérieusement caché, et l’épouse demande : « Mon Époux tendrement aimé, cache-toi au fond de moi-même, et là fais-moi goûter tes communications en secret, manifeste-moi des merveilles cachées, inconnues de tous les yeux mortels » (CSB 19,3). Notre cœur était devenu un tombeau, mais Jésus, par sa Passion d’amour, en a « enlevé la pierre » (v. 1), c’est-à-dire notre cœur « de pierre ». Désormais, ce même cœur est un « Saint des Saints » où nous rencontrons l’Époux.

Voilà que « Pierre… et l’autre disciple (Jean)… courent » (v. 3-4) eux aussi vers le tombeau, et cela sur le témoignage de Marie-Madeleine, l’apôtre des apôtres ; seul l’amour est missionnaire et non l’endoctrinement. Cependant, « l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier » (v. 4). L’amour du disciple « que Jésus aimait » (v. 2) est plus entraînant que la simple curiosité ou rationalité de Pierre ; seul Jean, par l’amour, dépasse les objections de la raison : « Il vit et il crut » (v. 8). Seul l’amour ouvre nos tombeaux. Seul l’amour ouvre le cœur et les mystères du Christ ressuscité. C’est ce qu’a expérimenté Jean de la Croix, et il nous invite à l’expérimenter à notre tour. Il écrit : « Dans l’état sublime du mariage spirituel, l’Époux très fréquemment découvre à l’âme, sa fidèle compagne, de merveilleux secrets, car le véritable et parfait amour n’a rien de caché pour l’objet de sa tendresse. Il lui révèle en particulier les doux mystères de sa mort et de sa Résurrection, les voies qu’il a tenues pour réaliser la rédemption de l’homme, … l’œuvre… la plus élevée… et la plus délicieuse pour l’âme » (CSB 23,1). Pourtant, Jean l’évangéliste n’entre au tombeau qu’une fois que Pierre est arrivé. L’amour est bien le cœur de l’Église, mais c’est bien Pierre qui doit la gouverner. C’est lui, Pierre, qui le premier « en se penchant, aperçoit… les linges… le suaire » ; c’est lui qui constate avec sa raison la situation. Ensuite vient l’amour, Jean, mais sous le regard de Pierre. Cette soumission de l’Église aimante à l’Église gouvernante est nécessaire. Jean de la Croix nous y invite avec autant de force qu’il nous invite aux audaces de l’amour : « Ce que nous avons à faire, c’est de nous guider en tout par la loi du Christ, Dieu fait homme, et celle de son Église, qui nous instruit extérieurement et visiblement par ses ministres » (MC 2 22 7). Pierre fait sa constatation au tombeau en s’y « penchant » (v. 5). Dans l’Écriture, « se pencher » signifie l’attitude d’humilité. Pierre doit accepter de ne pas tout contrôler et tout comprendre. L’humilité consiste donc à se laisser surprendre par le Christ et à le suivre réellement. « Non, cela ne t’arrivera pas », avait dit Pierre à Jésus, quand ce dernier annonçait sa Passion. Sans doute, sans le dire, pensait-il la même chose pour la Résurrection… « Non, cela ne Lui arrivera pas ».

En effet : « les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (v. 9). En « se penchant », Pierre s’intériorise, comme Marie-Madeleine et Jean. Il passe de la tête au cœur : « Le cœur a ses raisons que la raison ignore », a magnifiquement écrit Pascal. Nous aussi, il nous faut passer de la tête au cœur, de l’extérieur à l’intérieur. Certes, il ne s’agit pas de rejeter la raison, mais de « voir » avec le cœur : « Il vit » (dans l’intuition de l’amour) « et il crut » (avec la raison). Jean (l’amour) court plus vite que Pierre (la raison). Ce « voir » johannique se rapproche de l’intuition féminine, mariale et ecclésiale. Mais cet amour, qu’est-ce donc ? En quoi consiste-t-il ? Jean de la Croix nous répond par sa vie et son enseignement : « L’amour pour le Bien-Aimé est véritable quand l’âme (la personne priante et épouse) est prête à tout faire et à tout souffrir pour son service » (CSB 2,5). Cet esprit de service a poussé Jésus jusqu’au mystère de la Croix. Mais cet amour ne meurt pas, car Dieu est cet Amour. « L’amour est fort comme (c’est-à-dire “plus que”) la mort » (Ct 8,6), dit le Cantique des Cantiques. C’est pourquoi, au matin de Pâque, dans le tombeau, dans nos tombeaux, « les linges sont posés à plat » (v. 6) ; l’Époux est sorti de son lit. Il est « réveillé », vivant à jamais, ressuscité, comme nous… si nous le suivons, par un amour pur et désintéressé, le seul qui soit fécond. Et « la moindre parcelle de ce pur amour est plus précieuse aux yeux de Dieu et aux yeux de l’âme, elle est plus profitable à l’Église… que toutes les œuvres prises ensemble (mais sans cet amour) » (CSB 29,2), écrit encore magnifiquement Jean de la Croix. « Il aperçoit les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place » (à une place unique, dit le texte grec) (v. 7). Rien n’est bouleversé, tout est à sa place, rangé. Le Ressuscité ne vient pas bouleverser nos vies, comme le ferait l’imposition d’une idéologie politique ou religieuse ; l’Époux nous respecte dans notre liberté. En revanche, tout est transfiguré. Car la pierre a été enlevée du tombeau et des tombeaux, plus rien ne peut empêcher l’Époux de nous diviniser.

« Ensuite les disciples retournèrent chez eux » (v. 9). C’est « chez nous », à partir de notre cœur intime, que le Christ nous ressuscite, nous transfigure dans « ce grand matin » (v. 1), dont Il est Lui-même le soleil levant.

Dans ce feu solaire de la Résurrection, s’émerveille saint Jean de la Croix : « L’âme s’embrase dans le feu et les flammes de l’amour, se consume dans cet incendie, qui la tire hors d’elle-même (la ressuscitant) et la renouvelant tout entière, en la faisant passer… à une nouvelle vie, ainsi qu’on le raconte du phénix, qui se consume pour renaître de nouveau » (CSB 1,17).

Que cette retraite avec Jésus au désert nous introduise donc dans le mystère de son cœur ressuscité et brûlant d’amour. Qu’elle nous introduise aussi dans notre propre cœur, là où se fait la rencontre, là où l’épouse est fécondée pour ressusciter, ainsi que tout son quotidien.

Le texte grec nous disait que le « suaire qui avait entouré la tête (le visage) de Jésus » était « à une place unique ». Nous aussi, nous avons une place et un visage unique. Personne ne pourra donner à notre place ce que nous avons à donner. Personne ne pourra transmettre le sourire du Ressuscité à la place de notre visage, unique et éternel.

« L’épouse présente donc à son Bien-Aimé, le Fils de Dieu, toutes ces dispositions parfaites, dans le désir de se voir transférée par lui du mariage spirituel auquel il a bien voulu l’élever ici-bas au sein de l’Église militante, jusqu’aux noces glorieuses de l’Église triomphante. Qu’il daigne y conduire tous ceux qui invoquent son Nom, le très doux Jésus, l’Époux des âmes persévérantes ! » (CSB 40,7).

 

Frère Jean Honoré Sialelli, ocd (Fribourg)

 

Les méditations de la retraite avec Jean de la Croix